Au milieu des effluves émanant de cette affaire gravissime « Benalla », les membres des forces de l’ordre aguerris à la procédure pénale et administrative ne peuvent que s’interroger en premier lieu sur cette « bizarrerie » de non-dénonciation auprès du parquet d’un délit commis par un fonctionnaire chargé d’une mission publique, et de facto par cet écart au code de procédure pénale constituant à son tour un nouveau délit de complicité de non-dénonciation. Certes, il est vrai que le mensonge est l’art des hommes supérieurs comme nous le voyons dans cette affaire visant le plus haut sommet de l’État.

Maggy Biskupski et Guillaume Lebeau, porte-paroles de l’association de « mobilisation des policiers en colère » ont bien raison d’être indignés et révoltés. Car il y a un premier volet scandaleux qui mérite d’être soulevé, c’est le mutisme aussi bien du ministère de l’Intérieur et de la préfecture de police pour lever dès le 2 mai le substrat de boue déversé à l’encontre des forces de l’ordre une fois de plus sur les réseaux sociaux, lié à la diffusion des images de violences commises sur la place de la Contrescarpe à Paris par ces deux individus chargés de mission usurpant la qualité de policier.

Laisser en pâture, comme bouc émissaire, les forces de l’ordre pour couvrir le dérapage d’un proche collaborateur de la présidence est une infamie, un manque de respect de la profession de policier et de considération de la part de leur haute hiérarchie.Depuis plusieurs années, on constate que les militants du bréviaire antiflics s’évertuent à instaurer dans l’opinion publique un doute sur la légitimité de la force publique.

Discours parfaitement démagogiques, consternants de médiocrité roublarde aux méthodes inquisitoires et discriminatoires qui mettent en cause systématiquement l’ensemble de la profession des forces de l’ordre sous couvert « d’action citoyenne ». Une autre interrogation se pose sur la mise en application effective de la sanction disciplinaire infligée au sieur Benalla au vu des informations diffusées dans l’ensemble de la presse car bon nombre de policiers ou gendarmes, faisant l’objet d’une suspension pour des faits de violences, auraient aimé bénéficier de la même mansuétude de la part de leurs supérieurs.

Pour preuve, on se souviendra de la rapidité de la décision de la suspension et de la mise en examen du jeune gardien de la paix en fonction au TGI de Paris. Dans ce dossier, on remarquera que peu de voix se sont élevées au niveau de la haute hiérarchie policière pour dénoncer la violation du secret de l’enquête par la publication sur les réseaux sociaux des images de vidéosurveillance, et de l’ineptie que ce fonctionnaire soit seul pour exercer sa mission.

Nul doute que cette affaire Benalla ne fera qu’accentuer le malaise au sein des forces de l’ordre. Car adopter le métier de policier ou de gendarme, c’est avant tout abandonner sa propre identité au bénéfice du service de l’État et occuper une fonction particulière auprès de la population (protection et défense des plus faibles et arrestation des malfaiteurs).

Dans le contexte actuel d’ensauvagement de la société, le malaise des policiers s’exprime régulièrement par le manque de considération, par la dénonciation du déni de réalité des violences commises par les bandes ethnico-délinquantes dont ils sont victimes au quotidien et surtout l’absence de soutien et de défense de leur dignité aussi bien par la haute hiérarchie que par les institutions judiciaires.

Également, on soulignera qu’il est patent de constater que les fonctions exercées par Alexandre Benalla au sein de la présidence remettent en question la nécessité de la formation et de l’existence des policiers. Car si leurs fonctions et les missions exercées par ces derniers peuvent être occupées par n’importe quel individu disposant d’un semblant de connaissance, il n’y a plus aucun intérêt de confier la sécurité du peuple français aux forces de l’ordre.

Employer un citoyen lambda même à titre ponctuel pour effectuer des missions dévolues aux forces de l’ordre représente une négation de leurs savoir-faire et témoigne d’une absence totale de reconnaissance de la part de l’institution. La mise en lumière de l’existence d’une police « parallèle » met en exergue la volonté gouvernementale prégnante d’introduire à outrance la sécurité privée au sein de la sécurité publique. Cette politique de remplacement des missions régaliennes met à mal l’opacité des règles et des procédures, ainsi que la culture du secret de la profession.

Les membres des forces de l’ordre comme l’ensemble du peuple français sont en droit d’attendre des explications sur les raisons qui ont motivé une telle protection démesurée des agissements délictuels du sieur Benalla, illustre inconnu au sein du ministère de l’Intérieur.

Consultant en sécurité intérieure